« Si tu veux aller vite, marche seul ; si tu veux aller loin, marchons ensemble. »

– Proverbe africain

Quels sont les résultats attendus de cette étape ?

  • Un plan qui indique quelles sont les parties prenantes à mobiliser, à quel stade et sous quelle forme, tout au long du processus de planification de l’espace marin.

Introduction

Il est essentiel pour plusieurs raisons d’associer les principales parties prenantes à la mise en place de la planification de l’espace marin (PEM). La première de ces raisons est que la PEM poursuit des objectifs multiples (d’ordre social, économique et écologique) et doit donc prendre en compte autant d’attentes, de possibilités ou de conflits qu’il en existe au sein de la zone concernée. L’encadré ci-dessous énumère d’autres raisons expliquant pourquoi il est important d’associer les parties prenantes à votre initiative de planification de l’espace marin. La portée et l’étendue de la mobilisation des parties prenantes varient énormément d’un pays à l’autre et dépendent souvent de facteurs culturels. Le degré de participation des parties prenantes sera largement fonction des obligations politiques ou juridiques déjà en vigueur dans votre pays à cet égard.


DÉFINITION. Les parties prenantes désignent les personnes, les groupes ou les organisations concernés, impliqués ou intéressés de diverses manières (de façon positive ou négative) par les mesures ou les actions de PEM.


De façon générale, les personnes, les groupes ou les organisations concernés, impliqués ou intéressés d’une manière ou d’une autre par la PEM peuvent tous être considérés comme des parties prenantes. Cependant, l’intervention d’un trop grand nombre de parties prenantes, au mauvais moment et de la mauvaise manière, peut se révéler très chronophage et vous éloigner des résultats espérés ou attendus. Pour associer les parties prenantes de manière efficace (c’est-à-dire conduisant aux résultats attendus) et efficiente (c’est-à-dire obtenant les résultats attendus au moindre coût), vous devrez vous poser trois questions essentielles.

  • Quelles parties prenantes associer ?
  • À quel stade associer les parties prenantes ?
  • Sous quelle forme associer les parties prenantes ?

Chacune de ces tâches est examinée plus en détail dans la présente étape.

À RETENIR !

Savoir quelles parties prenantes associer à votre initiative de planification de l’espace marin, à quel stade et sous quelle forme, répondra en définitive à des questions étroitement corrélées et déterminées par deux facteurs :

  • Qui prend quelles décisions lors des étapes de planification et de mise en œuvre du processus de PEM ? ; et
  • Qui sont les responsables de la planification et de l’élaboration de la PEM ?

Par exemple, il existe peut-être déjà une obligation juridique imposant de faire part de toute décision concernant les investissements en mer à long terme à certaines parties prenantes ou à certains groupes de parties prenantes (par exemple, les populations autochtones) ou bien qui impose de consulter l’opinion publique au sujet du plan avant son exécution.

En l’absence d’obligation juridique, il importe de définir quel type de participation des parties prenantes conviendra le mieux pour aboutir à des résultats satisfaisants. Ainsi, même si vous n’êtes pas tenu par la loi d’associer les populations autochtones à votre projet de PEM, il se pourrait que les mesures que vous prenez à cet égard aient d’importantes conséquences (positives ou négatives) sur ces populations, qui devraient donc avoir voix au chapitre.

Pour quelles raisons associer les parties prenantes à la PEM

  • Pour favoriser leur adhésion au plan de planification, susciter la confiance des parties prenantes et des responsables et encourager le respect volontaire des règles et des règlementations ;
  • Pour mieux comprendre la complexité (spatiale, temporelle et autre) de la zone de gestion marine ;
  • Pour mieux comprendre l’influence exercée par l’être humain sur la zone de gestion ;
  • Pour approfondir la connaissance mutuelle et commune des problèmes et des enjeux au sein de la zone de gestion ;
  • Pour mieux comprendre les désirs, les perceptions et les intérêts sous-jacents (souvent sectoriels) qui favorisent et/ou interdisent l’intégration des politiques dans la zone de gestion ;
  • Pour examiner les compatibilités et/ou les conflits existants et potentiels entre les objectifs d’utilisation multiple de la zone de gestion ;
  • Pour définir de nouvelles possibilités et solutions qui n’ont peut-être pas été envisagées à titre individuel ; et
  • Pour élargir et diversifier les capacités de l’équipe chargée de la planification, notamment grâce à la prise en compte d’informations secondaires et tertiaires (les connaissances et traditions locales, par exemple).

TÂCHE 1. DÉFINIR QUI DOIT ÊTRE ASSOCIÉ À LA PLANIFICATION DE L’ESPACE MARIN

En premier lieu, l’une des tâches les plus importantes consiste à recenser les parties prenantes essentielles qui devront être associées à votre projet de PEM. Selon leurs intérêts, la façon dont elles perçoivent les problèmes et les possibilités que représentent la zone à planifier et ses ressources, on compte souvent un grand nombre de parties prenantes différentes. Il faudra notamment envisager d’associer à la PEM les personnes, les groupes ou les organisations :

  • Qui sont ou seront touchés par les décisions prises en matière de PEM ;
  • Qui dépendent des ressources de la zone de gestion dans laquelle des décisions seront prises en matière de PEM ;
  • Qui ont des obligations juridiques ou des droits à faire valoir vis-à-vis de certaines zones ou ressources de la zone de gestion ;
  • Dont les activités ont une incidence sur certaines zones ou res-sources de la zone de gestion ;
  • Qui ont des intérêts saisonniers ou géographiques particuliers dans la zone de gestion ; et
  • Qui portent un intérêt particulier à la gestion de la zone (comme les ONG de défense de l’environnement et les groupes de défense de la culture).

Toutes les parties prenantes n’ont pas nécessairement la même importance ni la même pertinence au sein du processus de planification de l’espace marin. Vous pouvez souhaiter accorder à certaines parties prenantes davantage de poids qu’à d’autres. L’encadré ci-dessous présente une liste de critères qui peuvent éventuellement vous aider à déterminer quelles parties prenantes pourraient le mieux répondre à vos besoins. Les parties prenantes correspondant à plusieurs de ces critères pourraient parfaitement être considérées comme des parties prenantes de « première » importance, tandis que celles qui y répondent dans une moindre mesure pourraient être considérées comme des parties prenantes d’importance « secondaire » ou « tertiaire ».

Critères permettant d’évaluer l’importance ou l’utilité des parties prenantes dans le cadre de la PEM

  • Droits à faire valoir sur les ressources présentes dans la zone de gestion ;
  • Constance du rapport aux ressources présentes dans la zone de gestion (par exemple, l’utilisateur résident par opposition à l’utilisateur de passage) ;
  • Connaissances et compétences uniques concernant la gestion spatiale des ressources dans la zone de gestion ;
  • Importance des pertes et des dommages pouvant être subis au cours ou à la suite du processus de PEM ;
  • Relations historiques et culturelles avec les ressources présentes dans la zone de gestion ;
  • Degré de dépendance économique et sociale à l’égard des ressources de la zone de gestion ;
  • Degré de mobilisation et d’intérêt en faveur de la gestion de la zone concernée ;
  • Équité en matière d’accès aux ressources présentes dans la zone de gestion et de répartition des bénéfices tirés de leur exploitation ;
  • Compatibilité des intérêts et des activités des parties prenantes ; et
  • Impact actuel ou futur éventuel des activités des parties prenantes dans la zone de gestion.

Assurez-vous toutefois que le groupe de parties prenantes finalement mobilisé soit bien équilibré (autrement dit qu’il reflète les intérêts sociaux/culturels, économiques et écologiques de la zone de gestion) et que la question du droit à la participation soit prise en considération. Il arrive souvent que certaines parties prenantes exercent une influence politique et/ou économique considérable sur des zones ou des ressources particulières, fondée sur leur dépendance et leur association historiques, leur mandat institutionnel, leur intérêt économique ou d’autres préoccupations. Il sera peut-être nécessaire dans certains cas de former des sous groupes (par exemple, pêche artisanale côtière contre pêche industrielle, pêche à grande échelle et pêche plus « souple » au niveau spatial) de façon à refléter votre situation particulière avec davantage de précision.

L’« analyse des parties prenantes » est un moyen pratique d’évaluer ces dernières. L’analyse des parties prenantes peut par exemple aider à déterminer celles qui sont susceptibles de soutenir la PEM et celles qui y sont potentiellement hostiles. Elle peut également permettre de mieux comprendre les rapports d’interdépendance, les intérêts et les attentes actuels et futurs (éventuels) de certaines parties prenantes et d’observer en quoi et dans quelle mesure cellesci représentent les différentes couches de la société. Vous pourriez également rencontrer des groupes de parties prenantes ne disposant pas des moyens, compétences ou connaissances suffisants pour participer à l’initiative de PEM et y représenter leurs intérêts. Dans pareil cas, vous pourriez envisager d’intervenir (ou d’inciter d’autres entités à intervenir) en vue de donner aux groupes de parties prenantes les moyens d’accroître leur participation. L’encadré ci-dessous présente des exemples d’activités qui peuvent être envisagées à cette fin.

Différents moyens de faire participer les parties prenantes

La participation des parties prenantes sera d’autant plus fructueuse que vos efforts débuteront tôt et se poursuivront tout au long des étapes ultérieures du processus de PEM. Parmi les différents moyens de faire participer les parties prenantes, citons :

  • La diffusion d’informations pour alerter sur la possibilité de participer au projet de PEM ;
  • Les ateliers destinés aux populations locales et visant à faire mieux comprendre la PEM et les effets (positifs comme négatifs) qu’elle pourrait avoir sur certains groupes de parties prenantes ;
  • Les séances de formation à l’intention de certains groupes de parties prenantes (par exemple, les activités de pêche artisanale des populations autochtones) en vue d’appuyer la collecte de données géographiques et spatiales sur leurs activités pour leur permettre de prendre position au sujet des différentes stratégies de PEM possibles ;
  • Les initiatives pédagogiques permettant à des groupes de parties prenantes d’acquérir et de renforcer les compétences en négociation dont ils ont grandement besoin ; et
  • Le soutien financier apporté aux négociateurs professionnels qui peuvent aider un groupe de parties prenantes à développer sa position en contribuant activement à la défendre dans le cadre des discussions relatives aux buts, aux objectifs et aux mesures de la PEM.

TÂCHE 2. DÉFINIR À QUEL STADE ASSOCIER LES PARTIES PRENANTES

Dans un second temps, il vous faudra définir quand les parties prenantes doivent être associées lors des étapes appropriées du processus de PEM. Dans l’idéal, les parties prenantes participent dès le départ, de manière régulière et durable tout au long du processus. Il existe peut-être déjà des instances permettant aux parties prenantes de participer à la planification et à la gestion de la zone marine. Vous devrez déterminer si vous pouvez recourir à ces instances ou si vous avez besoin d’en créer de nouvelles pour faire participer les parties prenantes à votre projet de PEM.

Il n’est pas nécessaire de faire participer toutes les parties prenantes en permanence. Différents groupes de parties prenantes, aux droits et aux intérêts variables, peuvent participer aux différentes étapes du processus de PEM. Les étapes les plus importantes pour envisager la participation de parties prenantes sont notamment les suivantes:

1. La pré-planification et la planification de la PEM

Au cours des phases de pré-planification et de planification de la PEM (voir Étape 3 – Organisation du processus de PEM, Étape 5 – Analyse des conditions actuelles et Étape 6 – Analyse des conditions futures), vous aurez intérêt à associer le plus grand nombre possible de parties prenantes. Cela vous permettra de collecter des informations relatives à un vaste éventail d’attentes, de possibilités et de conflits se produisant dans la zone de gestion.

Le Commonwealth du Massachusetts (États-Unis) a par exemple organisé 18 audiences publiques à l’occasion desquelles il a consulté un large éventail de parties prenantes. Les audiences étaient pour l’essentiel ouvertes à tous ceux qui étaient intéressés. Les informations ainsi recueillies ont servi de base à l’établissement des buts et des objectifs de son projet de PEM.

Plus récemment, l’engagement des parties prenantes et du public a consistué la pierre angulaire des processus de planification marine régionale dans les régions du nord-est et du centre du littoral de l’Atlantique des États-Unis, notamment à travers des réunions de prise de décision ouvertes au public, des événements de sensibilisation des parties prenantes, des ateliers, des webinaires publics et des séances d’écoute publiques. Les sites web et les réseaux sociaux ont été largement utilisés tout au long du processus de PEM dans les deux régions.

En général, plus la participation à l’établissement des buts et objectifs est importante, plus les parties prenantes sont susceptibles d’accepter le plan de planification de l’espace marin et de lui accorder de la légitimité. Les résultats du processus de participation doivent être mis à la disposition des parties prenantes, qui ont ainsi également la possibilité de les examiner et de les vérifier (ou certains d’entre eux).

Pour un bon exemple de plan d’engagement des parties prenantes élaboré par l’Organisation de gestion marine d’Angleterre, cliquez ici.

2. L’élaboration du plan de PEM

Un groupe restreint de parties prenantes devrait participer à l’analyse et à la sélection des différents plans possibles et examiner les consé-quences de ces derniers sur les zones qui les concernent (voir Étape 7 – Élaboration du plan).

Dans la majorité des cas, un projet de plan de PEM est proposé à la consultation du public ; ce dernier est ensuite invité à donner son avis quant aux propositions de mesures de gestion de l’espace. Cette période s’étend normalement sur trois à six mois et peut durer jusqu’à un an dans certains cas.

À RETENIR !

La communication des résultats de la participation des parties prenantes aux personnes concernées est une étape importante mais trop souvent négligée. La communication ou les échanges doivent être réguliers et continus si vous voulez gagner et conserver la confiance et l’intérêt des parties prenantes au cours du processus de PEM.

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3. La mise en œuvre du plan de PEM

La participation des parties prenantes à la mise en œuvre des mesures de PEM peut également donner de bons résultats (voir Étape 8 – Mise en œuvre du plan). Lorsque les parties prenantes comprennent les avantages qu’il y a à agir et s’entendent sur les mesures de gestion à mettre en œuvre, il y a plus de chances qu’elles participent également à l’application de ces mesures, à tout le moins en encourageant à les respecter.

4. Le suivi et l’évaluation des résultats de la PEM

Les parties prenantes doivent aussi être associées à l’évaluation des résultats généraux concernant la réalisation des buts et des objectifs des plans et des mesures de PEM (voir Étape 9 – Évaluation de l’efficacité).

La participation des parties prenantes à l’évaluation du plan de PEM doit être axée sur l’analyse des résultats et des conclusions et s’attacher à déterminer le niveau de réalisation des objectifs, ainsi que les effets du plan lui-même.

Le plan de PEM relatif à la Grande Barrière de corail (Australie) a par exemple été évalué et adapté de 1998 à 2003 dans le cadre d’un processus officiel régi par des conditions statutaires précises prévoyant la participation du public. L’Autorité du Parc marin de la Grande Barrière de corail a offert au grand public plusieurs occasions formelles de transmettre ses observations par écrit, tout d’abord avant l’élaboration du projet de plan de zonage, puis pour commenter le projet de plan. Au terme de ces deux phases, l’Autorité du parc avait reçu 31 500 soumissions écrites du public qui ont conduit à apporter d’importantes modifications au plan de zonage définitif par rapport au projet initial.

À RETENIR !

Il arrive souvent que les responsables politiques annoncent aux parties prenantes des formes d’association qui leur laissent penser que leur participation pourrait avoir une grande influence, alors qu’il s’agit en réalité de pratiques très limitées. Cette façon de faire est source de frustration chez les parties prenantes et nuit généralement à l’efficacité et au contrôle de leur participation. Précisez donc clairement dès le début du processus ce que les parties prenantes peuvent espérer de leur participation.

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TÂCHE 3. DÉFINIR SOUS QUELLE FORME ASSOCIER LES PARTIES PRENANTES

Après avoir déterminé qui devait être associé et à quel stade, vous devrez aussi définir les modalités selon lesquelles vous associerez les parties prenantes à votre initiative de PEM. Il existe de nombreuses manières d’associer les parties prenantes : de la « communication », qui ne suppose pas de réelle participation, à la « négociation », où les parties prenantes partagent le pouvoir de décision. La figure et l’encadré ci-dessous donnent un aperçu des différentes façons d’associer les parties prenantes au processus de PEM.

Différentes manières d’associer les parties prenantes à la PEM

  • Communication : Les autorités chargées de la PEM veulent faire passer un message à un public cible et obtenir que ce public approuve les affirmations, suggestions et décisions contenues dans leur message. La communication n’implique pas les parties prenantes de manière active ;
  • Information : Les autorités chargées de la PEM veulent tenir un public cible informé de leurs intentions, décisions et activités de façon à proposer des éléments de compréhension, mais n’attendent pas de réaction particulière. Contrairement à la communication, l’information se veut objective et constitue une façon de donner aux parties prenantes les moyens de réagir aux décisions ou de prendre position en toute connaissance de cause ;
  • Consultation : Les autorités chargées de la PEM recueillent les opinions des parties prenantes consultées sans garantir que ces opinions seront prises en compte ;
  • Dialogue : Forme d’interaction « horizontale » entre des parties prenantes placées sur un pied d’égalité. Le but est essentiellement de mieux se connaître et de mieux se comprendre. Le dialogue est destiné à faire naître un sentiment de proximité et de compréhension mutuelle au sujet des problèmes et des solutions relatifs à une zone de PEM donnée ;
  • Concertation : Forme d’interaction « horizontale » entre des parties prenantes placées sur un pied d’égalité. Contrairement au dialogue, elle a pour finalité d’élaborer une position commune au sein d’un groupe de parties prenantes, qui pourrait être présentée ou défendue devant les autorités chargées de la PEM (le terme « concertation » évoque les musiciens jouant d’un instrument dans le but d’aboutir à un résultat commun, par exemple un concert) ; et
  • Négociation : Forme d’interaction « horizontale » où les parties prenantes et les autorités chargées de la PEM ont le même pouvoir de décision


Adapté de : Bouamrame, M. (2006)

De même qu’il n’est pas nécessaire d’associer l’ensemble des parties prenantes à chaque étape du processus de PEM (voir plus haut), il n’est pas non plus nécessaire de les associer de façon totalement identique. Au cours des étapes de pré-planification et de planification, par exemple, il peut être avantageux d’encourager les formes de participation horizontales, qui permettent aux parties prenantes d’élaborer un avis commun et partagé concernant leur vision, leurs exigences, leurs attentes, leurs buts et leurs objectifs en matière d’utilisation de l’espace marin. Dans le même temps, il convient toutefois d’organiser des séances d’information pour permettre aux parties prenantes d’éclairer leurs opinions et leur vision grâce aux meilleures informations disponibles.

Une fois le plan de PEM élaboré par les autorités compétentes, il sera souvent ouvert à la consultation pendant une période définie. Ainsi, les autorités allemandes chargées de la planification de l’espace marin ont publié des versions préliminaires des plans de PEM pour la mer du Nord et la mer Baltique et les ont rendus disponibles à la consultation du public pour une période de quatre mois. Le Royaume-Uni a mis à disposition pour consultation pré-législative, pendant trois mois, un projet de loi concernant l’accès à ses espaces marins et côtiers avant de le présenter au Parlement.

Veiller à l’efficacité de la participation des parties prenantes

Lorsque de nombreuses parties prenantes diverses et aux intérêts très variés sont associées au processus de PEM, leur participation peut perdre son efficacité et devenir difficile à gérer. Dans pareils cas, il existe un sérieux risque que le processus rencontre des blocages, y compris sur des questions pour lesquelles les parties prenantes n’étaient pas sollicitées au départ. Avant d’amorcer le processus de participation des parties prenantes, voici quelques points clés à prendre en compte :

  • Des parties prenantes différentes ont des perspectives différentes : En ce qui concerne la PEM, des parties prenantes différentes ont des conceptions différentes de leurs besoins en matière d’espace, qui ne sont pas toujours facilement compris, appréciés ou pris au sérieux par les autres parties prenantes ou les autorités de gestion ;
  • Précisez clairement le type de participation des parties prenantes envisagé et les résultats recherchés  S’agissant des questions sensibles, il pourrait être utile de consulter dans un premier temps, avant le processus « officiel » de participation des parties prenantes, un groupe clé d’individus afin d’évaluer comment sont perçues et considérées les propositions. Cela vous permettra de savoir qui soutiendra et qui s’opposera aux mesures proposées, et pour quelles raisons ;
  • Les modérateurs professionnels : Bien souvent, les initiatives tendant à associer les parties prenantes sont compromises dès le départ car le modérateur des rencontres/réunions de parties prenantes a un point de vue partial sur la PEM (ou considéré comme tel) en raison de ses propres intérêts. En ce qui concerne les questions sensibles ou importantes notamment, il peut être nécessaire de recruter des modérateurs professionnels pour animer les réunions de participation des parties prenantes ;
  • L’un des principaux atouts de la PEM est sa « faculté à être visualisé » : Les gens, notamment le grand public et les parties prenantes peu au fait des enjeux et des points de vue éloignés des leurs, comprendront d’autant mieux la portée des mesures, des décisions et des idées si celles-ci sont présentées sous une forme visuelle par le biais de cartes plutôt que par du texte ; et
  • Le leadership : Il convient de préciser clairement dès le début du processus qui est responsable et qui prendra les décisions finales en matière de planification de l’espace au sein du périmètre de gestion.

Adapté de : Bouamrame, M. (2006)

Bonnes pratiques pour mobiliser les parties prenantes

Il n’existe pas de bonne pratique de mobilisation des parties prenantes qui fonctionnera dans toutes ou même la plupart des initiatives de PEM. L’engagement des parties prenantes doit être adapté aux pays, sociétés, cultures, traditions et contextes politiques individuels. Ce qui fonctionne au Canada ne fonctionnera pas au Viet Nam ou en Afrique du Sud. Aux États-Unis, en particulier au niveau des États, les parties prenantes s’attendent à être activement impliquées tout au long du processus de PEM, ce qui fut le cas dans les États du Massachusetts, de Rhode Island et de Washington. Dans d’autres pays, notamment en Europe occidentale, les parties prenantes sont souvent moins impliquées et attendent du gouvernement qu’il fasse son travail d’élaboration et de mise en œuvre des plans, sans participation active des parties prenantes.

La transparence et l’ouverture sont généralement les principes clés d’une PEM réussie. Cependant, trop souvent les parties prenantes et le grand public ne sont impliqués qu’une fois l’élaboration des plans achevée. Presque tous les plans de l’espace marin prétendent faire participer les parties prenantes, mais ne parviennent pas à mesurer ou à documenter l’efficacité de cet engagement ou la satisfaction des parties prenantes à l’égard du processus. La façon dont les parties prenantes ont été sélectionnées pour participer à la PEM est rarement documentée – la Suède fait figure d’exception.

Plusieurs chercheurs ont exprimé des inquiétudes quant à la qualité des décisions qui résultent des processus de participation des parties prenantes. Certains affirment que les parties prenantes font un usage inapproprié des informations scientifiques et sont trop promptes à sacrifier la qualité technique au profit de l’opportunisme politique. Cependant, dans l’ensemble, il existe des preuves solides que les parties prenantes améliorent les décisions par rapport au statu quo en apportant de nouvelles informations, idées et analyses, et permettent un accès adéquat à des ressources techniques et scientifiques. Par exemple, la directive européenne sur la PEM encourage « les parties prenantes concernées à partager leurs informations ». Il est d’ailleurs prouvé que ce sont les processus les plus intensifs d’engagement des parties prenantes qui sont les plus susceptibles d’aboutir à des décisions de meilleure qualité (Beierle 2002).

Les scientifiques ne sont pas les seuls à détenir la clé de la réussite de la PEM, qu’il s’agisse d’objectifs relatifs à la conservation marine, au développement économique ou à la croissance bleue. Peu importe les ressources et données scientifiques disponibles ; il ne peut y avoir de succès sans coopération des parties prenantes. La coopération et la compréhension mutuelle ne sont pas faciles à obtenir mais sont essentielles pour réussir à atteindre l’objectif global du développement durable (Eikeset et al. 2017).

Références utiles :

Gopnik, Morgan, Clare Fieseler, and Larry Crowder, 2011. Stakeholder Participation in Coastal and Marine Spatial Planning. Nicholas Institute. NI PR S-1. Durham, NC: Duke University. Available at: https://nicholasinstitute.duke.edu/sites/default/files/publications/stakeholderprimerfull.pdf

NOAA Coastal Services Centre, 2007. Introduction to Stakeholder Participation. Charleston, SC: Coastal Services Centre. 15 p. Available at:
https://coast.noaa.gov/digitalcoast/publications/stakeholder

Pomeroy, Robert, and Fanny Douvere, 2008. The engagement of stakeholders in the marine spatial planning process. Marine Policy 32. 816-822.

The Consensus Building Institute and The Massachusetts Ocean Partnership, 2009. Stakeholder Participation in Massachusetts Ocean Management Planning: Observations on the Plan Development Stage. Available here.