« Le mieux est l’ennemi du bien. »

– Voltaire, 1694-1778, philosophe français

Quels sont les résultats attendus de cette étape ?

  • Un inventaire et une cartographie des aires d’importance biologique et écologique dans la zone de gestion marine ;
  • Un inventaire et une cartographie des activités humaines actuelles (et des pressions qu’elles exercent) dans la zone de gestion marine ;
  • Une évaluation des éventuels conflits et compatibilités entre les usages humains actuels ; et
  • Une évaluation des éventuels conflits et compatibilités entre les usages humains actuels et l’environnement

DÉFINITION. Un inventaire est un moyen de recueillir des informations sur l’état actuel du milieu côtier et marin. Il vise à rassembler un large éventail de données de référence. Un inventaire doit également tenir compte de toutes les tendances et évolutions visibles afin de permettre d’évaluer les pressions spatiales qui s’exerceront à un stade ultérieur du processus de planification.


Un inventaire peut être réalisé à la fois au niveau spatial et au niveau temporel et présenter différents degrés de détail. Bien qu’un inventaire ait pour vocation d’être aussi exhaustif que possible, l’exploitation de toutes les informations nécessaires se fera sans doute à petits pas. Au départ, un inventaire sert simplement à rassembler l’information afin de fournir les renseignements généraux nécessaires à la PEM, et doit permettre de répondre à une question essentielle : où en sommes-nous ? Il doit être affiné au cours du processus de PEM afin de prendre en compte les objectifs modifiés et les nouvelles sources de données.

Questions à se poser lors de la préparation d'un inventaire

  • Quelles sont les caractéristiques écologiques particulières de la zone de gestion marine ? Quelles sont les zones particulièrement sensibles ou présentant un intérêt écologique particulier ?
  • Y a-t-il des facteurs économiques et sociaux particuliers dont il faudrait tenir compte ?
  • Certains secteurs dépendent-ils d’un type de zone marine en particulier ?
  • Quelles sont les principales pressions exercées sur la zone de gestion marine, et observe-t-on des menaces particulières ? Quels sont les grands facteurs déterminants susceptibles de façonner le développement marin dans un futur proche ?

Trois grandes catégories au moins d’informations spatiales sont pertinentes : (1) la distribution biologique et écologique, y compris les zones d’importance reconnues pour une espèce ou une communauté biologique particulière ; (2) les informations géographiques et spatiales concernant les activités humaines ; et (3) les caractéristiques océanographiques et autres caractéristiques environnementales physiques (bathymétrie, courants, sédiments) qui, en l’absence de données biologiques exhaustives, peuvent se révéler particulièrement importantes pour identifier les différents habitats et les processus importants – par exemple, les zones de remontée d’eau. La cartographie des limites juridictionnelles et administratives sera également utile lorsque des dispositions institutionnelles seront examinées (Étape 7 – Élaboration du plan).

C’est généralement la constitution et l’exploitation de bases de données spatialement explicites qui prend le plus de temps parmi les activités de planification et de gestion. En passant en revue les données disponibles, recherchez les informations spatiales qui couvrent la plus grande partie de la zone marine. Il est souvent peu productif de passer du temps à collecter des ensembles de données à petite échelle concernant des sous-zones restreintes de la zone de gestion car, une fois réunies, ces données sont rarement comparables.

Les données peuvent être recueillies auprès de nombreuses sources, dont : (1) les publications scientifiques, (2) les opinions ou avis scientifiques des experts, (3) les organismes publics, (4) le savoir local et (5) les mesures directes effectuées sur le terrain. La plupart des efforts en matière de planification de l’espace reposent largement sur les trois premières sources de données, bien que le savoir local soit de plus en plus reconnu comme une source précieuse d’information dans ce domaine. Les nouvelles mesures directes sur le terrain sont coûteuses et prennent du temps. Elles doivent être réduites au minimum, en particulier lors de la phase initiale de planification. Par la suite, une fois que les lacunes majeures en matière de connaissance auront été identifiées, un travail de terrain pourra être entrepris. La plupart des collectes et cartographies de données initiales peuvent être effectuées par des groupes de travail interinstitutionnels spécialisés et en consultant les experts sur différents sujets.

TÂCHE 1. COLLECTER ET CARTOGRAPHIER LES DONNÉES SUR LES CONDITIONS ÉCOLOGIQUES, ENVIRONNEMENTALES ET OCÉANOGRAPHIQUES

La mer offre une grande diversité spatiale du point de vue des caractéristiques de bathymétrie, de la stratification et du mouvement des masses d’eau, des organismes vivants et des effets des activités humaines. Elle présente également une grande diversité sur le plan temporel : certains phénomènes durent quelques heures, jours ou mois, tandis que d’autres se déroulent sur plusieurs années, décennies ou siècles. La complexité des processus naturels marins et la mosaïque spatiale et temporelle qui en découle montrent qu’un modèle unique et universel de gestion qui assimilerait l’océan à une zone uniforme ou essaierait de le diviser sans prendre en compte sa diversité réelle est voué à l’échec. Une bonne gestion des espaces marins exige que les planificateurs et les gestionnaires comprennent la diversité spatiale et temporelle de la mer et s’y adaptent1.Certains lieux en mer ont davantage d’importance que d’autres pour certaines espèces, certains écosystèmes ou certains processus et, par conséquent, pour la population humaine. La « valeur foncière » varie énormément en mer, tout comme sur terre. Connaître les lieux qu’il est le plus important de conserver et les lieux compatibles avec le développement constitue tout l’art de la PEM.

L’identification et la cartographie des « principales caractéristiques écologiques » ou des « aires d’importance écologique ou biologique » (terme canadien repris plus tard par la Convention sur la diversité biologique (CDB)) représentent une tâche importante.


DÉFINITION. Les aires d’importance écologique ou biologique (EBSA) sont des aires bien définies sur le plan géographique ou océanique, qui procurent des services importants à une ou plusieurs espèces/populations d’un écosystème ou à l’écosystème dans son ensemble, lorsqu’on les compare aux aires avoisinantes présentant des caractéristiques écologiques semblables … par exemple, une aire contenant i) des zones de reproduction, des frayères, des nourriceries, des habitats pour les juvéniles, ou d’autres zones importantes pour les stades du cycle de vie des espèces; ou ii) des habitats d’espèces migratoires (zones d’alimentation, d’hivernage, de repos, zones de reproduction, de mue, voies migratoires) … ou des aires critiques pour les espèces et/ou habitats menacés, en danger ou en déclin, contenanti) des zones de reproduction, des frayères, des nourriceries, des habitats pour les juvéniles, ou d’autres zones importantes pour les stades du cycle de vie des espèces; ou ii) des habitats d’espèces migratoires (zones d’alimentation, d’hivernage, de repos, zones de reproduction, de mue, ou voies migratoires).
Adapté de : CDB, 2009


Des critères scientifiques peuvent être utilisés pour désigner les aires d’importance écologique ou biologique qui exigent une protection particulière. Le tableau ci-dessous présente un certain nombre de ces critères.

Exemples d’aires d’importance écologique ou biologique :

  • Zones présentant une riche biodiversité
  • Zones présentant un fort endémisme (espèces, populations ou communautés)
  • Zones de productivité élevée (espèces, populations ou communautés), par exemple les zones de remontée d’eau
  • Sites de regroupement
  • Zones de reproduction/frayères
  • Zones de mise bas
  • Zones d’alimentation/de ravitaillement
  • Zones de nidification/de rassemblement
  • Zones d’alevinage
  • Zones de repos
  • Points de halte migratoire/couloirs de migration
  • Zones humides
  • Herbiers marins
  • Récifs coralliens

Profils biorégionaux

Le ministère de l’Environnement du gouvernement australien a terminé cinq « profils biorégionaux » de ses eaux marines s’étendant de 3 à 200 milles nautiques de la côte. Ceux-ci décrivent les écosystèmes marins, les valeurs de conservation et les utilisations humaines de ces biorégions marines : les caractéristiques écologiques et biophysiques de ces régions marines, y compris les principaux écosystèmes ; les espèces, communautés et lieux marins déjà protégés par la législation en vigueur ; les caractéristiques écologiques clés de la région ; et les activités humaines dans la région (voir Documents clés de la PEM).

Exemple de l’Australie.

Cartes d’évaluation biologique

L’élargissement de la notion d’aire d’importance écologique ou biologique (EBSA) représente une nouvelle méthode de cartographie de la valeur écologique ou biologique. Cependant, contrairement à l’approche axée sur les EBSA ou les « points névralgiques », qui consiste à recenser les aires les plus remarquables, les cartes d’évaluation biologique mettent en évidence les avantages intrinsèques de l’ensemble des aires ou secteurs de la zone de gestion marine. Les cartes d’évaluation biologique peuvent servir de carte de référence indiquant la répartition de données biologiques et écologiques complexes.

Exemple de la Belgique, projet pilote GAUFRE, Université de Gand.

TÂCHE 2. COLLECTER ET CARTOGRAPHIER LES DONNÉES RELATIVES AUX ACTIVITÉS HUMAINES

L’autre tâche importante consiste à rassembler des informations ainsi qu’à cartographier la répartition et la densité spatiales et temporelles des principales activités humaines dans la zone de gestion marine. Parmi les principaux usages humains, citons, entre autres : la pêche commerciale et de plaisance, les transports maritimes, la production d’énergie renouvelable et non renouvelable et l’extraction de sable et de gravier. Le tableau ci-dessous présente des exemples d’activités humaines dans les aires marines. La répartition des espèces, des communautés et des habitats est très variée et certaines aires sont donc plus intéressantes que d’autres d’un point de vue biologique ou écologique. Il en va de même pour les activités humaines. Certaines zones sont plus intéressantes que d’autres du point de vue économique. C’est le cas des gisements de sable et de gravier, des gisements de pétrole et de gaz, des zones de vents extrêmement soutenus, des zones de pêche et des voies de transports maritimes. Il est important d’identifier ces zones et de les cartographier.

Exemples d’activités humaines dans le milieu marin

Pêche commerciale

  • filets
  • hameçon/ligne
  • nasses/casiers
  • lances/harpons
  • chaluts/dragues
  • sennes
  • sennes de rivage
  • sennes coulissantes

Aquaculture/mariculture en mer
Pêche de plaisance

  • hameçon/ligne
  • nasses/casiers
  • pêche aux coquillages
  • pêche sous-marine

Loisir

  • voile
  • canotage
  • motomarine
  • plongée sous-marine/plongée avec masque et tuba
  • observation de la faune et de la flore

Transports maritimes

  • navires de charge
  • navires-citernes
  • méthaniers
  • paquebots de croisière
  • transbordeurs

Activités portuaires

  • opérations
  • installations de paquebots de croisière
  • infrastructures industrielles
  • dragage
  • déversement des boues de dragage

Terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) en mer
Aéroports en mer

Installations industrielles de production en mer
Ressources pétrolières et gazières en mer

  • prospection
  • exploitation

Recherche scientifique

  • sites de référence

Câbles, pipelines et lignes de communication

Exploitation minière en mer

  • sable et gravier
  • diamants

Énergies marines renouvelables

  • parcs éoliens
  • énergie houlomotrice
  • énergie marémotrice
  • énergie hydrolienne

Usines de dessalement de l’eau de mer
Sites de séquestration de carbone
Opérations militaires

  • champs de tir de missiles

Aires marines protégées

  • réserves marines strictement protégées
  • parcs marins à usages multiples

Conservation culturelle et historique

  • épaves de navires
  • sites d’archéologie sous-marine
  • sites du patrimoine culturel
  • sites sacrés

Le plus grand parc éolien en mer au monde : le London Array, situé dans l’estuaire de la Tamise. 175 éoliennes, occupant 100 km2, 25 m de profondeur, 20 km au large des côtes, construction 2009-2012.

Le London Array vu de l’espace.
Crédit : Observatoire de la Terre de la NASA

Relier les activités en mer aux populations côtières

La composante humaine de la PEM peut généralement être simplifiée sous la forme d’une énumération et d’une représentation cartographique des activités (pétrole et gaz, pêches, navigation, par exemple). S’il est évidemment essentiel de documenter celles-ci, il s’agit cependant de processus complexes qui se déroulent à différentes échelles parallèlement aux processus biophysiques. Les approches écosystémiques ont tout autant transformé la façon d’aborder les processus biophysiques que, par association, la façon actuelle de gérer le milieu biophysique, fondée sur la compréhension des processus, des connexions, de l’espace et des échelles. De la même manière, il convient d’examiner les composantes humaines avec une compréhension identique des processus (communauté et territoire, par exemple), des connexions (au sein des communautés, des économies et entre elles), l’espace (territoires, perceptions culturelles, par exemple) et des échelles (échelles locale, régionale et nationale de la société, par exemple).

Malheureusement, rares sont les travaux menés sur la géographie sociale et humaine des océans. L’importance de la prise en compte et de l’intégration des composantes humaines du milieu marin dans la prise de décision est largement reconnue. Pourtant, il existe peu de couches de données socioéconomiques que l’on pourrait combiner avec les données biophysiques pour analyser, par exemple, si un espace convient à l’établissement d’une aire marine protégée (même s’il existe des exceptions notables, comme le travail entrepris dans le cadre de la loi californienne de protection de la vie marine).

À RETENIR !

La gestion de données est aussi importante que les données elles-mêmes. Les informations recueillies et les données constituées tout au long du processus de PEM risquent d’être sous-utilisées si elles ne sont pas gérées correctement. La documentation et les métadonnées doivent correspondre à des procédures normalisées lors de la gestion des données spatiales, décrivant les données tabulaires et spatiales (produits et données sources), comprenant des projections, précisant l’échelle et indiquant les types de données, les niveaux de fiabilité, les sources et les contacts.

Cartographier le paysage social des pêcheurs dans le golfe du Maine

Les travaux de Kevin St. Martin, professeur agrégé à la Faculté de géographie de l’Université Rutgers (New Jersey, États-Unis), indiquent comment intégrer la composante humaine à la plani-fication de l’espace marin. À partir des connaissances locales des pêcheurs du golfe du Maine, qui borde la côte nord-est de l’Amérique du Nord, ce chercheur a pu établir des cartes précisant : (1) l’emplacement des zones de pêche, (2) qui sont les pêcheurs (par type d’engin et par port) et dans quels lieux (en identifiant les zones distinctes correspondant au « rayon d’action » de navires provenant de différents ports), et (3) où pêchent les groupes de pairs (en identifiant les lieux de pêche par type d’engin pour chaque port).

Cette étude a permis d’établir une méthode de cartographie du « paysage social » du golfe du Maine, d’améliorer la compréhension des processus de la communauté humaine et du territoire de cet espace marin, de définir un moyen d’atténuer les effets inégaux des décisions de planification de l’espace et de renforcer la participation des pêcheurs aux activités scientifiques et à la gestion.

Par ailleurs, lorsque des données socioéconomiques sont disponibles et intégrées, elles expriment généralement la présence ou l’absence d’activités particulières, comme la pêche, l’extraction de minerai, le dragage et le transport maritime. Il est bien entendu important, pour la planification de l’espace et la prise de décision à cet égard, de répertorier ces activités dans l’espace, mais une fois réduites à des couches de données dans les SIG, ces activités deviennent d’une certaine manière déshumanisées et détachées des communautés qui en dépendent et/ou qui en sont à l’origine. Par exemple, on intègre au SIG une couche représentant l’intensité de la pêche plutôt qu’une couche qui représenterait les territoires des communautés de pêcheurs. Ce qui manque alors n’est pas seulement la couche socioéconomique (qui fait souvent défaut), mais aussi la relation entre les lieux d’activité en mer et les communautés et économies côtières auxquelles ils sont nécessairement associés.

TÂCHE 3. METTRE EN ÉVIDENCE LES CONFLITS ET LES COMPATIBILITÉS ACTUELS

Si, en comparant les cartes représentant les aires d’importance biologique avec les cartes représentant les zones riches en activités humaines, vous ne constatez aucun chevauchement dans l’espace (conflits ou compatibilités), il n’y a peut-être pas lieu d’élaborer un plan de planification de l’espace marin. Cette situation est cependant extrêmement rare. Habituellement, en particulier dans les zones faisant l’objet d’une exploitation intensive, une analyse même rapide révélera les chevauchements potentiels dans l’espace entre les activités humaines, ainsi qu’entre les activités humaines et les zones naturelles importantes.

Si ces chevauchements se traduisent généralement par des conflits, ils peuvent aussi révéler des compatibilités réelles ou potentielles. Les zones réservées aux parcs éoliens en mer, par exemple, seront incompatibles avec les voies de transport maritime. L’extraction de sable et de gravier sera de la même manière incompatible avec les parcs éoliens. La pêche au chalut ou l’extraction de sable et de gravier peuvent endommager les pipelines et les câbles. Les navires de pêche représentent souvent des obstacles sur les voies de transport maritime. D’un autre côté, des zones réservées aux parcs éoliens en mer peuvent tout à fait convenir à certains types de conchyliculture.

Le temps constitue également un facteur. Un conflit spatial éventuel peut ne pas survenir si deux activités humaines ne se déroulent pas au même moment. Ainsi, une zone importante pour l’observation des baleines pendant les mois d’été peut être consacrée à d’autres usages lorsque les baleines ne sont pas présentes.

À RETENIR !

  • La planification de la gestion de l’espace marin doit tenir compte du fait que la zone de gestion marine est généralement concernée par des activités humaines qui se déroulent : (1) en amont de la zone de gestion marine, mais dans le bassin versant de la zone côtière adjacente, comme l’agriculture ; et (2) en aval de la zone de gestion marine, par exemple en haute mer. Les pressions exercées sur les ressources de la zone de gestion marine découlant d’activités situées hors de la zone peuvent être plus fortes que des pressions découlant d’activités situées à l’intérieur du périmètre. Ce phénomène montre qu’il est important que le cadre de l’analyse dépasse les limites du périmètre de gestion (voir Étape 3 – Organisation du processus de PEM) ;
  • La planification de la gestion de l’espace marin doit permettre de déterminer l’importance relative des différents facteurs qui contribuent aux problèmes spécifiques survenant dans la zone de gestion marine. Leur importance relative est susceptible de varier selon le type de problème, l’époque de l’année et d’une année sur l’autre en fonction de différentes conditions. L’importance relative des facteurs de problèmes doit avoir une influence sur l’axe initial de la collecte de données ;
  • La planification de la gestion de l’espace marin doit explicitement prendre en compte les plans et mesures d’autres secteurs de l’économie en ce qui concerne la répartition spatiale et temporelle des projets de développement et des investissements de capitaux. Les activités d’autres secteurs (énergie, transports, pêche, gestion des bassins hydrographiques, par exemple) peuvent avoir des répercussions majeures sur la PEM, et vice-versa ;
  • Un cadre et un calendrier communs aux différents secteurs doivent être envisagés afin de réaliser des projections économiques et démographiques, d’élaborer des scénarios et d’employer les mêmes techniques d’analyse pour étudier les coûts et l’efficacité des différentes stratégies de gestion. Cependant, un tel cadre commun est difficile à mettre en place, car il existe rarement une institution globalement responsable de la planification et du développement intégrés des différents plans et programmes sectoriels ;
  • Le degré de complexité de la planification dans le cadre du processus de PEM doit être le moins élevé possible. Il est certain qu’une complexité accrue pourra accroître la précision des résultats jusqu’à un certain point, mais au-delà de ce point, l’efficacité commence à diminuer. Plus l’on franchit des paliers dans la complexité, moins la précision augmente. En effet, la façon d’aborder la PEM peut devenir si compliquée qu’il devient trop difficile, voire impossible, d’interpréter les résultats, si bien que la précision diminue en réalité ; et
  • La PEM est une activité continue, qui doit être organisée pour générer des informations à différents moments. L’une des activités permanentes de la planification doit donc consister à générer des informations en vue d’élaborer des stratégies de gestion qui s’adaptent aux évolutions de la situation, c’est-à-dire une gestion adaptative (voir Étape 10 – Adaptation du plan).

Évaluation des impacts cumulatifs

Les plans marins tiennent rarement compte des conséquences cumulatives et interactives des différentes activités humaines en raison de la nature unisectorielle des approches de gestion actuelles. Étant donné que la plupart des activités humaines interagissent les unes avec les autres, la gestion de chaque activité de manière isolée ne suffit pas à préserver les écosystèmes marins, ni même à atteindre les objectifs de chaque secteur. En outre, certaines menaces ont des effets directs sur les composantes de l’écosystème (par exemple la surpêche ou les dommages causés à l’habitat par le chalutage de fond ou les ancres des bateaux de plaisance), tandis que d’autres ont des conséquences plus indirectes (par exemple l’introduction d’espèces qui entrent en concurrence avec les espèces indigènes ou s’en nourrissent). Ces effets indirects en particulier rendent la détection et l’évaluation des interactions plus complexes que les simples mécanismes de cause à effet.

Il est important de noter que ces activités peuvent également interagir avec la variabilité naturelle temporelle ou spatiale des conditions environnementales. Agissant de concert, la variabilité naturelle et les perturbations humaines (par des mécanismes directs et indirects) réduisent la capacité des écosystèmes marins à fournir des produits et services vitaux. En raison de ces problèmes, il peut sembler difficile, voire impossible, de gérer les impacts cumulatifs et interactifs.

Bien que le concept générique d’impacts cumulatifs fasse partie des politiques environnementales depuis de nombreuses années, peu de plans de gestion vont au-delà de la reconnaissance de l’existence de conséquences cumulatives issues de différentes activités, et se concentrent plutôt sur les conséquences de chaque activité individuelle. Pour mettre en œuvre une approche écosystémique de la gestion marine, il convient de mesurer clairement les incidences environnementales des activités sur les produits et services de l’écosystème et d’évaluer les conséquences cumulatives des différentes activités sur ces produits et services.

Un tel changement d’orientation nécessitera toutefois une prise en compte explicite des compromis entre les produits et services fournis par l’écosystème marin. Les mesures de gestion prises dans les différents secteurs modifieront nécessairement la combinaison des produits et services disponibles, et les effets cumulatifs de ces mesures de gestion pourront à nouveau modifier cette combinaison. Par exemple, la disparition des récifs coralliens due au changement climatique, à la dégradation de la qualité de l’eau, à la sédimentation, aux maladies et à la surpêche peut entraîner la perte totale de l’ensemble des biens et services que ces systèmes fournissaient auparavant, tels que la production de poissons à des fins récréatives, artisanales et aquariophiles, les produits pharmaceutiques, les matériaux de construction et les possibilités de tourisme et de loisirs.

Dans d’autres cas, les effets cumulés de diverses activités peuvent affecter de manière substantielle des services écosystémiques majeurs qui ne sont pas directement liés à des évaluations basées sur le marché, et dans de nombreux cas, ces services ne sont pas pris en compte dans les analyses sectorielles habituelles. Par exemple, les activités associées à des produits et services tels que les fruits de mer ou l’énergie en mer affectent nécessairement des services tels que les zones humides côtières qui fournissent un habitat pour la faune et la flore et protègent des catastrophes naturelles. Dans ces cas, la question de savoir dans quelle mesure les services de soutien peuvent être sacrifiés au profit des autres services est essentielle pour l’élaboration des politiques. Ces compromis ne sont pas bien articulés ou traités dans les processus actuels de gestion unisectorielle. La planification de l’espace marin basée sur une approche écosystémique doit indiquer de façon explicite les compromis dans la fourniture de produits et de services.

Modifié à partir de : Halpern, Ben S., et al. 2008. Managing for cumulative impacts in ecosystem-based management through ocean zoning. Ocean and Coastal Management, 51, 203-211.

Bonnes pratiques pour analyser les conditions actuelles

L’analyse des conditions actuelles dans la zone de planification marine est une tâche essentielle qui doit être initiée au début de tout processus de PEM puis maintenue, mais pas une fin en soi. Développer une base de données des conditions actuelles ne constitue pas un plan. Chacun doit reconnaître que dans un processus de PEM, toutes les données et informations relatives à une région marine donnée ne seront jamais disponibles. La collecte de données doit être guidée par les buts et objectifs d’un plan.

Un article utile sur les bonnes pratiques de collecte de données de la PEM est celui de Shucksmith et al. 2014 ; ce dernier résume le processus de collecte de données et de cartographie utilisé dans la préparation des plans de PEM en Écosse (voir Documents clés de la PEM). L’Écosse a résumé ses données dans un Atlas écossais de la PEM et un outil interactif – Marine Scotland MAPS NMPi – a été conçu pour aider au développement de la planification marine nationale et régionale. L’Organisation de gestion marine d’Angleterre a créé un Système d’information marine : un site web donnant un accès rapide et simple aux politiques du plan marin et aux données et informations complémentaires provenant de sa base de données de planification marine et de sa carte interactive.

Les portails de données sont actuellement une bonne pratique pour le partage des données entre planificateurs et parties prenantes. Deux bons exemples sont les Northeast Ocean Data Portal et Mid-Atlantic Ocean Data Portal. Tous deux offrent une boîte à outils et un centre de ressources en ligne regroupant les données disponibles et permettant aux utilisateurs de visualiser et d’analyser les ressources océaniques et informations relatives à l’utilisation humaine, telles que les zones de pêche, les zones de loisirs, les couloirs de navigation, les zones d’habitat et les sites énergétiques, entre autres. L’équipe du Mid-Atlantic Ocean Data Portal a évalué les données à inclure en fonction de cinq critères : pertinence pour la planification régionale, rigueur méthodologique, normes relatives aux données et aux métadonnées, étendue géographique et aspect actuel.

La collecte de données et d’informations n’est qu’un élément de cette importante étape. Il faut également disposer d’outils d’aide à la décision pour l’analyse des données, tels que SeaSketch, un programme de cartographie participative en ligne, et Marxam with Zones, qui fournit des options de zonage pour la conservation de la biodiversité dans plusieurs régions marines. On trouvera d’excellents résumés critiques de l’utilisation de ces outils dans Stelzenmuller et al. 2013 et Pınarbaşı et al. 2017.

Références utiles :

Ban, N.C., Alidina, H.M., Ardron, J.A. (2010). Cumulative impact mapping: Advances, relevance and limitations to marine management and conservation, using Canada’s Pacific waters as a case study. Marine Policy 34 (5). 876–886.

Clarke Murray, Cathryn, Mach, Megan E., and Martone, Rebecca, G. (2014). Cumulative effects in marine ecosystems: scientific perspectives on its challenges solutions. WWF-Canada and Center for Ocean Solutions. 60 p.

des Clers, S., Lewin, S., Edwards, D., Searle, S., Lieberknecht, L. and Murphy, D. (2008). FisherMap. Mapping the Grounds: recording fishermen’s use of the seas. Final Report. A report published for the Finding Sanctuary project. Available at: https://findingsanctuary.marinemapping.com/06_all%20project%20reports/Fishermap%20report%20November%202008.pdf

Curtice, C., J. Cleary, E. Shumchenia, P. Halpin (2016). Marine-Life Data Analysis Team (MDAT) Technical Report on the Methods and Development of Marine-Life Data to Support Regional Ocean Planning and Management. Marine Geospatial Ecology Lab, Duke University, Durham. 81 p. Available at: https://seamap.env.duke.edu/models/mdat/MDAT-Technical-Report-v1_1.pdf

Halpern, B.S., Kappel, C.V., Selkoe, K.A., Micheli, F., Ebert, C.M., Kontgis, C., Crain, C.M., Martone, R.G., Shearer, C., Teck, S.J. (2009). Mapping cumulative human impacts to California current marine ecosystems. Conserv. Lett. 2 (3), 138–148.

Lightsom, F.L., G. Gicchetti, and C. Wahle (2015). Data categories for marine planning. U.S. Geological Survey Open-File Report 2015-1046., 27 p. Available at: https://dx.doi.org/10.3133/ofr20151046.

Longley-Wood, K., 2016. Creating and using data portals to support ocean planning. Challenges and best practices from the United States and elsewhere. Boston: Sea Plan. 27 p. Available at: https://www.openchannels.org/literature/15609

Mid-Atlantic Regional Planning Body (2016). Mid-Atlantic Regional Ocean Assessment. Available on-line at: roa.midatlanticocean.org.

Stelzenmüller, V., J. Lee, A. South, J. Foden, S. I. Rogers, 2013b. Practical tools to support marine spatial planning: A review and some prototype tools. Marine Policy 38. 214-227.

Washington State Ocean Caucus (2011). How we use our marine waters. Summary report of a data workshop to support coastal and marine spatial planning (CMSP) in Washington. October. Available at: https://www.ecy.wa.gov/programs/sea/msp/pdf/workshop_summary_1011.pdf